12 octobre 2026

Retour sur la Journée de la Co-construction Citoyenne

Le 24 septembre 2026 le Collectif pour une Transition Citoyenne (CTC), le Collectif des Associations Citoyennes (CAC) et le Labo de l’ESS ont réuni une centaine de personnes au Jardin des Traverses  : des acteur·rices associatifs, des citoyen·nes engagé·es, des élu·es, des agent·es publics et des chercheur·ses.

Au programme 3 tables rondes, 12 ateliers et une restitution participative. L’objectif était de travailler les conditions concrètes d’une co-construction de l’action publique au service d’une transition écologique, sociale et démocratique.

Cette rencontre s’inscrivait dans la dynamique de la Journée européenne des communautés durables (EDSC), en lien avec le réseau ECOLISE et le programme Regenerative Communities Fund. Elle prolongeait les échanges engagés lors de l’édition précédente, avec l’ambition de faire circuler les expériences locales et de nourrir une réflexion à l’échelle européenne sur les conditions de soutien aux initiatives citoyennes.

Une transition juste suppose de pouvoir participer à sa définition

Les interventions d’ouverture ont rappelé une conviction commune aux organisations porteuses : les politiques publiques peuvent gagner en justesse et en pertinence lorsqu’elles sont élaborées avec les personnes qui vivent sur les territoires. Les habitant·es et les associations disposent de connaissances, d’expériences et de capacités d’initiative indispensables pour comprendre les problèmes et construire des réponses adaptées.

Mais cette ambition pose immédiatement plusieurs questions…

Qui choisit les sujets mis en discussion ? Qui dispose du temps, des ressources et de la légitimité pour participer ? Quelle place est reconnue aux savoirs d’usage ? Que devient une proposition une fois la réunion terminée ? Jusqu’où les institutions sont-elles disposées à partager le pouvoir ?

La transition juste concerne ainsi autant les transformations poursuivies que la manière de les décider. Elle suppose de prendre au sérieux les inégalités qui traversent la participation : contraintes économiques, disponibilité, handicap, maîtrise de la langue ou des codes de la prise de parole, accès aux réseaux et aux lieux de décision… Une invitation ouverte à toutes et tous ne suffit pas à mettre chacun·e en situation de peser sur l’action publique.

De la participation à un pouvoir réel sur l’action publique

La journée avait trois objectifs :

  1. Faire progresser la co-construction entre citoyen·nes et institutions ;
  2. Identifier les conditions de réussite du partage du pouvoir dans les territoires ;
  3. Faire émerger des propositions pour lever les freins à l’engagement citoyen et à la coopération avec les collectivités.

Les deux tables rondes du matin ont croisé travaux de recherche et expériences de terrain. Les ateliers ont ensuite exploré des méthodes et des situations concrètes. Une restitution participative a permis de mettre en discussion les premiers enseignements, avant une dernière table ronde consacrée aux transformations démocratiques à envisager à l’approche des échéances nationales de 2027.

Un fil conducteur a traversé les discussions : distinguer la possibilité de s’exprimer de la capacité à transformer effectivement une décision. La consultation, la co-construction et la co-décision n’engagent pas les mêmes responsabilités ni le même partage du pouvoir. Cette distinction ne conduit pas à disqualifier toute démarche imparfaite ; elle invite à clarifier ce qui est réellement ouvert à la discussion et les engagements pris envers les participant·es.

Un second fil conducteur a concerné la place du conflit. La coopération peut se construire à partir de désaccords, d’interpellations ou de mobilisations. Les échanges ont interrogé la manière d’articuler la recherche d’intérêts partagés avec l’autonomie des collectifs et leur capacité à contester. La confiance ne suppose pas de taire les divergences, mais de créer des conditions permettant de les exprimer et de les travailler.

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Table Ronde 1 – Co-construire les politiques de transition : quel rôle pour la recherche-action ?

Comment la recherche peut-elle aider les citoyen·nes, les associations et les collectivités à construire ensemble les politiques de transition ? Cette table ronde croise plusieurs expériences de recherche-action pour explorer les liens entre production de connaissances, transformation des pratiques et partage du pouvoir.

Au fil des échanges : la reconnaissance des savoirs citoyens, la place des conflits dans la conduite du changement, la préparation du dialogue entre des acteurs aux ressources inégales et les difficultés à faire entrer de nouveaux outils dans les décisions publiques. Une question traverse la discussion : à quelles conditions la recherche-action peut-elle contribuer à une transformation démocratique des territoires ?
Avec Laurent Fraisse (LISE du CNAM et IFMA), Julian Perdrigeat (La Fabrique des transitions) et Victor Counillon (CNAM).
Animation : Florian Laboulais, Le Labo de l’ESS.

Table Ronde 2 – Ni naïveté, ni défaitisme : comment aborder les enjeux de la co-construction de l’action publique ?

La co-construction est souvent invoquée, mais que suppose-t-elle réellement ? Comment prendre au sérieux les obstacles — rapports de pouvoir, contraintes institutionnelles, inégalités de participation — tout en repérant les possibilités d’agir ? À partir des enseignements de la recherche participative ESCAPE et d’expériences associatives et territoriales, cette table ronde explore les conditions d’un dialogue qui puisse transformer l’action publique. Les échanges abordent la reconnaissance des savoirs des personnes concernées, la construction d’intérêts partagés, le rôle des élu·es et le suivi des engagements. Ils interrogent aussi l’articulation entre coopération et rapport de force : comment travailler avec les institutions tout en préservant une capacité autonome d’initiative et d’interpellation ?

Avec Marie-Catherine Henry (Cose Commune et CNAM), Sarah Persil (élue de la région Bourgogne-Franche-Comté) et Danièle Bacheré (Oasis du Coq à l’Âme).
Animation : Jean-Baptiste Jobard, Collectif des Associations Citoyennes.

Table Ronde 3 – Présidentielle, législatives : Réinventer le cadre démocratique, quelles priorités pour demain ?

Comment donner aux citoyen·nes un pouvoir réel sur les décisions qui les concernent ? À l’approche des échéances nationales de 2027, cette table ronde interroge les transformations nécessaires pour ouvrir les institutions, reconnaître les contre-pouvoirs et rendre la participation accessible à toutes et tous. Les échanges mettent en relation les expériences locales de partage du pouvoir et les évolutions possibles du cadre démocratique national. Ils abordent notamment la place des quartiers populaires, les inégalités d’accès aux responsabilités politiques, les enseignements des municipalités participatives et les conditions matérielles de l’engagement citoyen. Conventions citoyennes, droit d’interpellation, indemnisation de la participation et organisation durable de la société civile figurent parmi les pistes discutées.

Avec Armel Le Coz (Démocratie Ouverte), Élisabeth Dau (Fréquence Commune), Julien Talpin (Convention citoyenne pour la démocratie et Institut Alinsky) et Dawari Horsfall (Pas Sans Nous et Démocratiser la Politique).
Animation : Camille Dantec, facilitatrice et chargée de mission participation.